Créé en 1965, l’Office National des Forêts est chargé de gérer durablement les forêts publiques françaises. En Île-de-France, cette mission prend une dimension particulière, notamment en forêt domaniale de Meudon, un des massifs les plus importants de l’ouest parisien, très fréquentée par les Véliziens. Rencontre avec Pierre Emmanuel Savatte, directeur de l’agence territorial IDF Ouest de l’ONF.
Les Échos : Quel est le rôle de l’ONF ?
Pierre-Emmanuel Savatte : L’ONF a pour mission de gérer durablement les forêts publiques. À l’échelle nationale, ce sont près de 8000 collaborateurs qui veillent sur près de 5 millions d’hectares de forêt. Notre rôle consiste à préserver les forêts sur le long terme, avec plusieurs objectifs : protéger la biodiversité, accueillir le
public dans de bonnes conditions de sécurité, renouveler les peuplements forestiers et produire du bois. La forêt est à la fois un espace naturel, un lieu de promenade, une ressource et un patrimoine. Notre responsabilité est de trouver le bon équilibre entre ces différentes dimensions.

© Xavier Remongin-agriculture.gouv.fr
Quelles sont vos principales missions ?
Nos missions sont multiples. Nous devons d’abord assurer la pérennité des forêts en veillant à leur renouvellement et à leur adaptation aux évolutions du climat. Cela passe notamment par la sylviculture, c’est-à-dire l’ensemble des interventions qui permettent d’accompagner le développement des arbres et de préparer
les peuplements de demain. Nous avons également une mission sociale : accueillir les promeneurs et garantir leur sécurité grâce à l’entretien des chemins, à l’élagage ou à l’abattage des arbres présentant un danger. Nous participons aussi à la préservation de la biodiversité et des milieux naturels. Enfin, nous intervenons dans certaines missions d’intérêt général comme la protection des forêts contre les incendies.
Qu’a de particulier la forêt qui borde Vélizy ?
La forêt domaniale de Meudon s’étend sur un peu plus de 1 000 hectares, à cheval sur plusieurs communes. C’est une forêt de feuillus, historiquement très cultivée, dans laquelle le châtaignier occupe une place importante, avec environ 42 % des peuplements, suivi du chêne à 35 %. Le châtaignier a longtemps été privilégié pour sa croissance rapide et son bois utilisé notamment pour le chauffage et la charpente. Mais cette composition forestière présente aujourd’hui des
fragilités. Cette forêt est également marquée par son histoire avec ses étangs artificiels, vestige du système hydraulique mis en place par le marquis de Louvois.
Le changement climatique impacte aussi les forêts, nous l’avons vu cet été. Est-ce aussi le cas de celle de Meudon ?
En effet, la forêt évolue avec le climat. Certaines essences qui étaient bien adaptées aux conditions d’autrefois deviennent plus vulnérables, notamment face aux sécheresses. Le châtaignier, par exemple, est attaqué par une sorte d’algue affectant ses racines, dont le développement est favorisé par des conditions hivernales
moins froides. Les arbres touchés peuvent alors dépérir. Face à ces évolutions, notre travail consiste à préparer la forêt au climat que nous pouvons anticiper pour la fin du siècle. Lorsque l’état sanitaire des arbres le permet, nous favorisons la régénération naturelle. Dans les parcelles les plus touchées, il peut être nécessaire de retirer les arbres dépérissants et de replanter des essences plus adaptées aux conditions futures, notamment en associant plusieurs espèces de chênes. Cette diversité contribue à rendre la forêt plus résiliente et à offrir des ressources alimentaires aux animaux et aux insectes.
Vous préparez déjà la forêt de demain …
Oui, depuis 2017, nous développons une stratégie spécifique aux forêts périurbaines qui repose sur trois axes. Le premier consiste à privilégier une forêt diversifiée. Nous maintenons une forêt composée d’arbres d’âges et d’essences différents, en évitant autant que possible les coupes rases. Cette approche permet de conserver un couvert forestier et de limiter les transformations brutales du paysage. Le deuxième axe concerne la valorisation du bois, grâce à des artisans et
des professionnels qui interviennent pour le compte de l’ONF. Enfin, nous accordons une place essentielle au dialogue avec les habitants et les élus. La gestion forestière peut susciter des interrogations, en particulier lorsque des arbres sont coupés. Il est donc important d’expliquer les raisons de nos interventions. Par exemple avec des plantations participatives avec les écoles, afin de sensibiliser les jeunes générations aux enjeux de la forêt.

Quelles interventions sont prévues à l’automne et pendant l’hiver ?
À cette période on peut retrouver, selon les besoins, plusieurs types d’interventions. Les bûcherons peuvent couper certains arbres et laisser temporairement
le bois sur place. Celui-ci est ensuite évacué lorsque le sol est suffisamment sec et portant au cours de l’été. Cette organisation permet de limiter les dégâts sur les sols et de réduire les risques pour l’écosystème forestier. Nous cherchons également à limiter la gêne occasionnée aux promeneurs. Pour informer les habitants,
les interventions sont présentées sur une carte accessible depuis le site de l’ONF.
Comment conciliez-vous la fréquentation du public et l’entretien de la forêt ?
La fréquentation de la forêt de Meudon fait partie du rôle de cet espace public et implique une vigilance particulière. Pour contrôler la sécurité des chemins et intervenir lorsque des arbres présentent un risque, nous réalisons des tournées régulières. Cette présence sur le terrain est renforcée par des patrouilles pédestres et une brigade équestre durant la période estivale, ce qui crée aussi du dialogue avec les promeneurs.
Les accès, les équipements et certains aménagements, en lien avec les collectivités, sont entretenus au quotidien.
Quel est le rôle des communes dans la gestion de la forêt ?
La coopération avec les communes est essentielle, notamment dans un territoire aussi urbanisé que celui de Meudon et de ses environs. Les collectivités participent à l’entretien et à l’amélioration des équipements, mais aussi à la sensibilisation du public. À Vélizy-Villacoublay, par exemple, une convention a été signée avec la Ville afin qu’elle prenne en charge la gestion de certaines routes forestières, notamment la rue Morte-Bouteille qui a été renaturée et l’allée Noire de Vélizy-Bas. La gestion de ces voies par la commune permet de mieux répondre aux besoins des riverains, afin de réduire le bruit et la pollution et d'améliorer le cadre de vie.

L’ONF est-elle également attentive à la faune dans ces forêts ?
Oui, nous avons des suivis des populations locales des animaux présents. Notre but est de permettre à la forêt de se renouveler naturellement, tout en maintenant des populations animales en bonne santé. Pour cela, nous pouvons réguler la faune afin de garder un équilibre entre les animauxet la végétation. Les chevreuils
consomment une part importante des jeunes pousses et peuvent également endommager les arbres en frottant leurs bois contre les troncs. Lorsque leur population est trop importante, le renouvellement naturel de la forêt peut être compromis. Les sangliers posent d’autres difficultés, notamment en raison de leur reproduction rapide et des risques qu’ils peuvent représenter à proximité des routes.
À Vélizy, il n’y a pas de chasse au sens habituel du terme. Des opérations ponctuelles de régulation sont réalisées par du personnel de l’ONF, sur la base d’un suivi des populations et de leur état sanitaire. On a réalisé une intervention concernant environ huit chevreuils sur une année, ce qui est très peu.

Quelles actions menez-vous pour préserver la biodiversité et les étangs ?
Les 7 étangs de la forêt domaniale dont les étangs d'Ursine ou des Ecrevisses constituent des éléments importants du patrimoine naturel, contribuant à maintenir des habitats favorables pour la faune et la flore. Même s’ils ont été aménagés par l’Homme, ils participent aujourd’hui à la diversité des milieux de la forêt. Nous veillons à l’entretien des berges et pouvons engager des travaux de revégétalisation pour favoriser leur préservation. Certains aménagements répondent aussi à des fonctions pratiques, comme au Trou aux Gants, pour la gestion des troppleins d’eau.
La protection de cette biodiversité est la responsabilité de tous pour préserver ces milieux plus fragiles.